LE SPIRIDON CATALAN

Courir dans les Pyrénées Orientales

Le sport c'est : le respect des règles, le respect des autres, le respect de soi-même
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Quand on met le doigt dans l'engrenage,

on a du mal à le retirer. Nombreux sont les organisateurs de course à pied qui en font l'amère expérience. Après s'être vus rejetés, dans les années 70 par la FFA, méprisés parce qu'ils s'adonnaient à cette peu glorieuse discipline de la course que l'on appelle aujourd'hui "hors stade", car pour la FFA il n'y a de noblesse que sur le stade (hé oui, leur horizon s'arrête là), à ces courses sans prix, sans enjeu, sans médaille, sans championnat. A ces courses qui sont tout le contraire de l'athlétisme moderne et juteux.
Mais quand on n'est pas une formule un de la course à pied, quand on n'est pas un étalon du podium, quand on n'est pas assez performant pour accrocher l'un des six couloirs de la piste, doit-on se contenter de regarder les autres à la télé ?

Pour tous ceux qui n'ont jamais pu atteindre le haut niveau, qui ont passé l'âge de la performance, pour tous ceux qui recherchent le plaisir simple de la course sur deux pattes, le goût de l'effort, surtout gratuit, la course sur route a représenté, et je l'espère représente encore, un loisir qui leur apporte de grandes satisfactions. Pouvoir courir avec ses copains, rencontrer tout une foule d'individus mordus par le même virus, parcourir des espaces merveilleux, sans garder l'oeil fixé sur son chrono, sans se soucier de son classement. Voilà une activité saine, pure, peu coûteuse, et si agréable. Une de ces valeurs que l'on voudrait transmettre à ses enfants.

Mais comme en toute chose, les vautours rôdent. Et dés les années 80, nous le rappellerons inlassablement, les charognards de la FFA, en mal d'athlètes à présurer, se sont rabattus sur la course sur route pour engranger des licences. A coup de bâtons, de triques, ils ont tout essayé pour faire entrer les organisateurs dans leur giron.
Nombre d'entre eux s'y sont laissé prendre. Les naïfs par devoir envers l'instance "officielle", les nostalgiques parce qu'ils y avaient passé déjà quelques années en tant que pistard, les trouillards par peur des représailles, et les moutons pour faire comme les autres. Quelques uns, bien niais, ont cru qu'il fallait être présent pour donner son point de vue. Enfin une poignée a flairé le bon coup, et ils y sont toujours, mais du côté du manche cette fois, bien assis sur les fauteuils en velours du siège parisien.

D'interdictions en règlements, de menaces en mensonges, la FFA a avancé, un coup à droite, un coup à gauche, et aujourd'hui elle tient la course à pied à la gorge. Elle ne lâchera pas. Elle espère toujours un bon paquet de licences. Elle en a eu, mais il lui en faut encore plus. Mais à force de présurer la victime, elle finit par l'assécher totalement.
D'ici peu, combien d'organisateurs résisteront encore aux assauts répétés de ces règlements idiots, imbéciles, inutiles.

Ne nous y trompons pas : depuis des années les organisateurs ne sont plus des coureurs amateurs qui invitent leurs copains sur leur terrain d'entraînement favori et offrent des parcours sympas, des ravitaillements spartiates mais adaptés, un classement aléatoire fait à la main mais qui donne toute satisfaction.
Aujourd'hui la majorité des organisateurs sont des animateurs qui ont besoin de monde pour valoriser la fête de leur village, pour satisfaire les commerçants du quartier, pour répondre aux élus de l'Office du Tourisme. Combien resteront quand l'organisation d'une course "hors stade" coûtera plus cher que ce qu'elle rapporte ?

Le Spiridon a toujours refusé d'entrer dans ce jeu. Et la FFA lui en veut.
Mais le Spiridon n'a rien à y gagner, car il n'a pour but que de se faire plaisir, et n'a donc rien à y perdre. Il n'a jamais participé, même pour faire semblant, à ces simagrées de réunions fédérales. Et tant que la loi ne l'interdira pas, il continuera à inviter ses amis sur ses circuits fétiches.

Frédéric BROUSSE